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L’improvisation au cinéma ne concerne, en définitive, que les techniciens, dans la mesure où aucun plan précis, aucune partition n’est donnée a priori de sorte qu’il est impossible de répéter et de préparer le tournage en minimisant tout impondérable au point de de le rendre quasi nu, et de punir tout écart au plan initial comme un erreur d’inattention ou un acte de rébellion.

Le scénario, le storyboard et le plan de tournage ont fonction de partition et de guide normatif. Mais leur absence ne suffit certainement pas pour parler d’improvisation, sinon en un sens péjoratif pour signifier qu’il n’y a pas de film du tout.

C’est l’idée du film qui est nécessaire pour passer à l’acter et à la réalisation. Celle-ci se transcrit sous forme de synopsis, de scénario, de storyboard et autre plan de tournage que pour s’exprimer sous différents dialectes suivant le corps de métier auquel on s’adresse. Le storyboard n’est pas autre chose que le scénario destiné au cadreur. Dans le cas où l’équipe est telle qu’il n’est pas nécessaire d’opérer toutes ces transcriptions, leur absence ne signifie pas leur potentialité, si nécessaire.

L’improvisation n’est donc pas l’absence d’intention. Elle est la mise en acte d’une intention à travers la sélection d’une situation précise sans qu’une description de son déroulement soit arrêté a priori. Autrement dit, une place est laissé à l’expérience, au sens d’imprévisibilité de l’acte lui-même lors de son passage à la concrétisation. L’idée est de ne pas brider la spontanéité du passage au réel par l’acte. Cependant cet acte est souhaité et attendu, en ce sens ses conditions de réalisation sont déterminées et préparées avec minutie de sorte que tout ce qui peut advenir dans le cadre du tournage concoure à l’apparition de cette action à l’exclusion de toute autre. Improviser ne signifie pas s’attendre à rien ou à l’importe quoi, mais au contraire à s’attendre à ce que quelque chose se produise sans savoir quelle forme précise cela prendra.

En somme, plus que d’expérience c’est d’expérimentation dont il faudrait parler, à l’image d’une expérience scientifique qui vise à vérifier, soutenir ou falsifier une hypothèse, c’est-à-dire un élément attendu suivant une certaine compréhension du monde qu’il s’agit de mettre à l’épreuve de ce monde-même. Pour savoir si ce qui advient corrobore ou non l’hypothèse il faut bien que celle-ci ait précisé auparavant ce qu’elle attendait.

De sorte que l’événement ne dit rien de précis sur lui-même sinon sa venue, mais dit beaucoup sur l’hypothèse et donc sur la compréhension du monde mise à l’épreuve. Plus que du monde lui-même c’est de notre manière de l’appréhender qu’il nous informe.

L’improvisation suppose donc la mise en place précise d’un cadre de l’expérience pour provoquer une événement le plus conforme possible à notre attente sans le maîtriser pour autant.

Cela signifie qu’il est possible – au moins théoriquement – d’obtenir d’un participant exactement ce qu’un scénario lui aurait commandé, mais de lui-même. Cela n’est possible qu’avec un travail préparatoire très précis, qui amène le participant à se comporter naturellement de la manière souhaitée.

En somme, l’événement attendu doit être l’action la plus pertinente possible dans les circonstances de la situation. Un travail de bonne intelligence avec l’ensemble des participants et de l’équipe permet cela sans trop de difficulté. Il est même amusant de constater que lorsque ce travail est entamé il est extrêmement difficile et pénible aux participants de ne pas l’achever, un peu comme il est impossible de résister à ne pas tirer la conclusion d’un raisonnement. Un participant qui comprend le processus tout en ne voulant par se faire filmer, ou bien s’évertue à démonter la pertinence du processus ou bien, et plus généralement, revient après un moment en demandant de lui-même à participer et à être filmé pour aboutir le processus.

Il faut ajouter à cela le fait que ce processus ne peut fonctionner que s’il est compatible avec le système de représentation du participant. Un peu comme en hypnose, il est impossible de faire faire à un participant ce qu’il ne veut pas faire, c’est-à-dire quelque chose d’incompatible avec son système de représentation du monde.

D’un autre côté, lorsque le processus est bien établi et construit, le participant est capable de faire des choses dont on ne l’aurait jamais cru capable, ni lui-même d’ailleurs et même que l’on n’aurait pas imaginer. Mais cette inhibition n’est pas totale puisque contenue dans les limites propres de ce qui est acceptable pour le participant et n’est possible que dans une relation forte de confiance réciproque.

Cette surprise de l’action et du passage à l’acte dans un cadre précis et déterminé d’une expérience souhaité et attendue est précisément l’improvisation: le fait que le participant se détermine lui-même dans l’espace qui lui est imparti.

Ce n’est finalement donc que prêter attention à ce que le participant est et fait, de lui-même, dans le monde tel qu’il l’appréhende. Et c’est cette simplicité, c’est évidence, qu’il est justement très difficile d’atteindre et d’observer sans la dénaturer. La spontanéité de l’action dans la représentation, voilà ce qu’est l’improvisation.

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