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Il y a 50 ans était érigé le mur de Berlin.

Les partisans de la liberté qui se placent volontiers du bon côté du monde et de la morale (l’axe du bien versus l’axe du mal) se sont érigés contre cette infamie arguant de la faiblesse de celui qui ne peut regarder son ennemie en face et ne peut écouter le libre penseur qu’une fois dûment bâillonné. Toute séparation est un aveu d’échec et entérine l’impossibilité d’une relation capable de faire de la place pour chacun des participants. Le paradoxe de l’ennemie est qu’il est une relation monadique contrairement à toute relation cumminicationnelle normale qui implique au moins un autre participant que soi-même. L’ennemie est celui qui nous met nous-mêmes en échec dans la mesure où il nous montre une faille, une incapacité ou une impossibilité de faire de la place pour autrui sans devoir le nier ou l’exclure de notre environnement. L’ironie étant que pour se faire il est bien souvent nécessaire de restreindre notre propre environnement, incapables que nous sommes de pouvoir exclure tout à fait l’autre de la réalité. Et cette crainte de l’autre n’est en définitive qu’une crainte de nous-mêmes, crainte devant notre faiblesse à lui faire face.

Le second paradoxe attaché à cette relation est sa justification: l’axe du bien n’hésite pas à user de torture, de terrorisme d’état, de violence et de guerre sous couvert d’une légitimité particulière: le mal ne doit jamais gagner donc tous les moyens sont bons pour justifier son extermination et son éradication, fussent-ils plus violents que ceux qu’il emploie lui-même. Cette conception repose sur une notion essentialiste de la morale: quelqu’un de bon l’est toujours et nécessairement sans pouvoir changer d’état, l’inverse en découlant.

Ainsi le mur de Berlin fut le mur de la honte parce qu’édifié par les soviétiques et donc nécessairement mauvais. Sur la même base de raisonnement, ceux qui partagent cet avis accepteront sans problème que le mur israélien en construction depuis 2002 afin de se séparer des territoires palestiniens (mur israélien)  ou bien la grille construite par les États Unis d’Amérique pour renforcer leur frontière avec le Mexique (mur américain), sont nécessairement du bon côté de la morale, mais condamneront celui de la junte birmane d’avec le Bangladesh (mur birman). En fait, tout dépend de quel côté on regarde le mur.

Évidemment que d’un côté on dira que le mur à pour fonction d’empêcher l’ennemie de venir (et c’est bien la justification que donnent les gouvernements américain et israélien) et de l’autre que c’est pour empêcher les gentils de sortir. Qu’importe puisque du moment que la séparation est actée et matérialisée la relation est coupée, l’autre est nié et le problème n’est plus censé se posé, réglé qu’il est par la séparation.

L’erreur est là. Elle est de penser que nier l’autre suffit pour s’en débarrasser. L’amoureux éconduit sait que ce n’est pas le cas et que l’absence est souvent bien plus envahissante. Les sciences cognitives nous montre qu’il est plus facile de remplacer une croyance en disharmonie avec son système avec une plus forte que d’essayer de la supprimer. Essayer de ne plus penser à quelque chose: voilà un beau paradoxe pragmatique.

L’histoire est une forme de communication et tout comme la séparation est un aveu d’échec relationnel et proxémique: la discrimination, l’ostracisme, le protectionisme et l’isolement finissent toujours par asphyxier celui qui croyait se protéger.

L’URSS a fini par s’écrouler par elle-même non pas parce qu’elle était physiquement construite sur de l’argile mais parce qu’elle a fini épuiser son énergie en refusant de la renforcer au contact des autres. À vouloir vaincre sans combattre on fini par se défaire contre soi-même.

Le bon sens veut qu’il faut agir de sorte de ne pas avoir d’ennemie. Il serait hasardeux de penser que le compromis à tout prix ou la démagogie permet de la réaliser. D’ailleurs une autre maxime affirme avec sagesse que si j’ai pardonné à tous mes ennemies, j’en garde la liste.

L’erreur est d’adopter un système statique de pensées et de valeurs. L’essentialisme morale entrave l’action jusqu’à la nier et conduit à l’aveuglement et à la délusion. Les USA considèrent par exemple qu’ils sont nécessairement du côté du bien parce que leurs valeurs ont toujours gagnées et vaincues sur celles qu’ils combattent. Ils en prennent pour preuve leur victoire sur le nazisme sans penser le Vietnam, la Corée, l’Irak ou l’Afganistan comme des échecs. L’état d’Israel considère qu’il est légitime de ne pas reconnaître et de parquer les palestiniens sous prétexte qu’il ne peut faire du mal du fait des horreurs de la Shoah.

Cependant les mêmes fautes sont comises. Tout comme les camps de la mort n’ont pu exterminer la vie, une séparation ne peut anéantir une relation. Elle ne fait que bloquer et entraver la situation et finalement la scléroser, l’aggraver, la figer et la rendre explosive.

Penser la dynamique de la relation c’est être en mesure de la faire évoluer, de la modifier, de la transformer afin de la rendre viable, acceptable, harmonieuse ou tout simplement compatible avec soi, c’est-à-dire avec notre système de valeurs, ce que nous croyons, pensons, voulons, acceptons, désirons. Mettre un terme à une relation reste une option de communication, mais cela ne revient pas à la nier mais à la terminer; la nuance est de taille. Car alors il est possible de passer à autre chose, sans remord ni regret et de pouvoir construire sur des bases saines et solides. Cela demande un effort d’ouverture à l’autre mais aussi et surtout à soi.  Mais que vaut-il mieux: être respecté des autres ou croire qu’on en est craint?

Alors, en ce jour de commémoration du cinquantième anniversaire de l’édification du mur de Berlin, essayons d’appliquer les réflexions qu’il a suscité aux autres murs encore debout.

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