Savent-ils seulement ce qu’ils font?


Les différentes crises qui touchent actuellement l’humanité rappellent combien celle-ci est fragile. Des inondations en Chine à l’accident nucléaire de Fukushima en passant par la famine dans la corne de l’Afrique au tremblement de terre en Haïti ou à l’effondrement de l’économie en Occident, partout et sans répit l’homme est confronté à des situations qui le dépassent et le mettent à mal.

Cet état de fait revigore le fatalisme. Que faire face à l’ampleur de ces crises?

Tout d’abord un constat d’impose: ces crises sont là, c’est un état de fait qu’il est inutile de chercher à nier ou changer à coup de contrefactuel. Il ne s’agit pas de savoir ce qu’il aurait pu advenir ou ce que nous aurions pu faire si la situation était différente; la situation est là et il faut faire avec. Ce rappel au principe de réalité est une lapalissade qu’il n’est toutefois pas inutile de souligner. Ensuite il n’est pas mauvais d’essayer de comprendre pourquoi cette situation advient afin d’essayer de la corriger au mieux. Il serait absurde se reconstruire Haïti comme avant le séisme sur la simple raison qu’il faut reconstruire les maisons détruites sans prendre en considération le fait qu’elles l’ont été dû fait d’un tremblement de terre et inclure ce paramètre dans des constructions anti-sismiques qui pourront peut-être atténuer les conséquences qu’un autre tremblement de terre. Ne pas faire ce travail d’analyse revient tout simplement à ne pas vouloir voir la situation telle qu’elle est.

Mais déjà le fatalisme vacile. Analyser la situation pour comprendre comment les choses ont pu en arriver là fait ressortir le fait qu’elles ne l’ont pu qu’avec un sacré coup de main de notre part nous autres humains. Certes nous ne sommes pas responsables de tout ni même de grand chose peut-être et certainement pas des raisons suffisantes de ces catastrophes, ce serait présomptueux, mais peut-être bien de leurs conditions nécessaires. Certes nous autres n’y pouvons pas grand chose si l’indice de marée fut exceptionnel sur la Côte Atlantique et que cela a engendré des inondations meurtrières, mais en soi la marée ne cherchait pas spécialement à tuer, il est même fort probable qu’elle ignorait qu’ici il y avait des lotissements. Si n’y avait pas eut ces lotissements ici, l’eau serait quand même montée, mais il n’y aurait pas eu de victimes. Ce calcul des risques c’est aussi à nous autres humains de l’effectuer, de l’interpréter et de le prendre en compte, la nature nous a justement doué d’intelligence pour cela. C’est parce qu’elle savait que l’eau l’ignorait qu’elle a voulu que nous puissions l’anticiper et le penser. Or nous ne l’avons pas fait. Non, plus exactement nous l’avons fait, dû moins certains experts l’ont fait (c’est dans ce but que le Plan de prévention des risques inondation, le PPRI avait été créé en 1995, et d’ailleurs mis en garde des constructions dans les zones touchées par la tempête Xynthia) mais ils n’ont pas été écouté.

Or, le vrai problème est là. Le point le plus important est l’action, c’est elle qui engendre l’interaction la plus forte avec l’environnement et c’est elle qui conditionne en définitive notre représentation du monde mais aussi et surtout à la manière dont nous l’habitons. Plus l’action est physique et concrète plus elle a d’impact. Construire une maison a comme cela plus d’impact que la rédaction d’un rapport sur les risques d’inondation. Dire cela n’est pas établir une échelle d’évaluation et dire qu’un vaut mieux ou plus que l’autre, c’est simplement rappeler que plus une action est spécifique et précise plus elle est difficile à généraliser car dépend plus fortement de la situation où elle s’ancre. Se tromper dans la prévision d’un coefficient de marée a pour cela moins de conséquence que de se trouver dans la maison submergée par cette même marée. L’action est la résultante d’un choix. La zone inondable aurait pu restée non construite, mais un choix a été fait de la construire. Faire un choix implique de l’assumer à travers la chaîne de décision qui y a conclu. Et c’est parce que ce choix résulte d’une chaîne de décisions assumées, de raisons, que son auteur en est responsable et à ce titre redevable, il doit être capable d’expliquer et de rendre compte de ces raisons. Dans les inondations vendéennes il serait vain et absurde de vouloir faire un procès à l’océan ou à la nature, eux ne rendent pas compte de leurs raisons, par contre il est tout à fait légitime de le faire aux responsables du plan d’urbanisme et des constructions.

La question qui apparaît maintenant est celle de la responsabilité des choix. Lorsqu’un responsable politique explique qu’il ne peut pas faire grand chose contre le chômage ou le pouvoir d’achat à cause de la crise ou de la conjoncture économique mondiale, la seule conclusion qui s’impose n’est pas le fatalisme mais bien d’admettre qu’il n’y est pour rien. Le principe de charité doit même s’appliquer aux responsables politiques. Donc de deux choses l’une: ou bien le chômage ou le pouvoir d’achat ne dépendent pas de la crise ou de la conjoncture mondiale et alors la justification du responsable politique n’est pas pertinente, ou bien le chômage ou le pouvoir d’achat dépendent de la crise et de la conjoncture économique mondiale mais le responsable politique est dépassé par la situation et n’arrive pas à agir sur ces facteurs et alors il est irresponsable ou incompétent, et mieux vaut directement s’adresser au responsable capable d’agir sur le chômage ou le pouvoir d’achat et donc, si la cause en est vraiment la crise ou la conjoncture, sur elles.

La catastrophe de Fukushima au Japon nous montre un exemple du problème. Lors d’une réunion entre des habitants de la région et des responsables du gouvernement est apparu la distance qu’il y a entre la capacité d’agir et l’action que demande la situation de la part des responsables:

 

Indépendamment de la question de fond, c’est l’interaction entre les différents protagonistes qui est intéressante ici. Les uns cherchent non pas tant des coupables ou des responsables que des personnes capables d’agir afin de modifier une situation intenable. Les autres cherchent à expliquer qu’ils n’y peuvent rien et à faire croire que c’est tout ce qu’ils font et peuvent faire. Il est évident que ce n’est pas suffisant. Cela ne signifie pas qu’il est facile d’agir dans ce contexte sur ces conditions, mais qu’il est inadmissible de se contenter de croire que ne rien faire est suffisant ou de chercher à minimiser la situation plutôt que d’interagir avec et dessus. La conclusion est claire: ce ne sont pas les bons responsables, et par conséquent il faut les démettre de leurs responsabilités, au moins pour les libérer de devoir assumer un choix qu’ils ne peuvent faire, et surtout pour faire ce qui doit être fait, c’est-à-dire  agir.

Toute personne rationnelle (et suivant le principe de charité, tout être humain) comprend les raisons qui lui sont avancées pour justifier un choix et une action. C’est parce qu’elle les comprend qu’elle est capable de se prononcer dessus, des évaluer, de les juger et des accepter ou de les refuser. Suivant cela toute personne est capable de comprendre et d’admettre par exemple qu’il faudrait évacuer les habitants d’une zone à risque ou bien réévaluer les dépenses publiques afin d’équilibrer un budget.  La preuve en est qu’une personne est tout à fait capable de réduire son train de vie et faire des sacrifices pour ne pas dépenser au delà de ses ressources. Mais cela requière de poser honnêtement la situation et de la regarder objectivement, avec recul, et de l’analyser pour structurer une approche efficace afin de la faire évoluer dans un sens permettant de faire plus de choix et de meilleurs choix et d’enrichir les interactions avec par la suite. Cela paraît audacieux, pourtant c’est le comportement le plus rationnel et le plus évident que nous autres humains puissions adopter. Pourquoi alors ne pas essayer?

Prenez n’importe qu’elle situation et réfléchissez-y en ces termes. Oui, les changements engendrés sont bouleversants…

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